Extrait d’oeuvre-Claude Gueux

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Caricature de Claude Gueux

Claude Gueux est un bref roman de Victor Hugo paru en 1834, dénonçant la peine de mort. L’histoire est en partie fondée sur des faits réels.

Résumé

Claude Gueux vit en concubinage et a un enfant d’une prostituée lorsqu’il est arrêté à Paris pour un vol de pain. Il est emprisonné dans la maison centrale de Clairvaux. Il est tout de suite confronté à l’autoritarisme du directeur des ateliers, M. D. Il apprend de sa bouche que sa compagne est devenue fille de rue et que l’on est sans nouvelles de son enfant. C’est un bon travailleur, il est honnête.

Il acquiert une certaine confiance sur les autres prisonniers : on le respecte au sein de la prison mais les geôliers le détestent. Claude a toujours faim car sa ration de nourriture n’est pas suffisante pour lui. Un jour, Albin, son ami de cellule lui propose de partager sa ration de nourriture. Claude, ému, accepte. Une amitié sincère naît entre eux. Un jour, Albin est convoqué par le directeur et ne revient pas dans sa cellule. Claude demande à M. D. de réintégrer Albin mais celui ci refuse intégralement. Il a été changé de quartier et il est impossible qu’il revienne. Claude lui demande à plusieurs reprises que son compagnon de cellule revienne mais M.D l’ignore. 

Le 25 octobre, il donne un délai au directeur pour faire revenir Albin. La date arrive mais Albin ne revient pas. Claude prend une paire de ciseaux dans la caisse située au pied de son lit. Dans l’atelier, il demande aux autres prisonniers de lui prêter une hache, ce qu’ils font, en gardant le secret. Il agit ouvertement. Il fait un court discours aux autres dans lequel il explique les raisons du meurtre qu’il va commettre. Lorsque M. D. entre, Claude lui demande une dernière fois de lui rendre Albin mais en vain. En cinq coups de hache, il le tue, devant les autres. Puis, il se transperce la poitrine avec les petits ciseaux. Il perd connaissance.

Dans les mois suivants, on le soigne puis il est jugé et condamné à mort. Il se pourvoit en cassation à la demande d’une bonne soeur qui l’a soigné. En juin, il est guillotiné.

Extrait (Page 1 et 2)

Il y a sept ou huit ans, un homme nommé Claude Gueux, pauvre ouvrier, vivait à Paris. Il avait avec lui une fille qui était sa maîtresse, et un enfant de cette fille. Je dis les choses comme elles sont, laissant le lecteur ramasser les moralités à mesure que les faits les sèment sur leur chemin. L’ouvrier était capable, habile, intelligent, fort maltraité par l’éducation, fort bien traité par la nature, ne sachant pas lire et sachant penser. Un hiver, l’ouvrage manqua. Pas de feu ni de pain dans le galetas. L’homme, la fille et l’enfant eurent froid et faim. L’homme vola. Je ne sais ce qu’il vola, je ne sais où il vola. Ce que je sais, c’est que de ce vol il résulta trois jours de pain et de feu pour la femme et pour l’enfant, et cinq ans de prison pour l’homme.

L’homme fut envoyé faire son temps à la maison centrale de Clairvaux. Clairvaux, abbaye dont on a fait une bastille, cellule dont on a fait un cabanon, autel dont on a fait un pilori. Quand nous parlons de progrès, c’est ainsi que certaines gens le comprennent et l’exécutent. Voilà la chose qu’ils mettent sous notre mot. Poursuivons. Arrivé là, on le mit dans un cachot pour la nuit, et dans un atelier pour le jour. Ce n’est pas l’atelier que je blâme. Claude Gueux, honnête ouvrier naguère, voleur désormais, était une figure digne et grave. Il avait le front haut, déjà ridé quoique jeune encore, quelques cheveux gris perdus dans les touffes noires, l’œil doux et fort puissamment enfoncé sous une arcade sourcilière bien modelée, les narines ouvertes, le menton avancé, la lèvre dédaigneuse. C’était une belle tête. On va voir ce que la société en a fait. Il avait la parole rare, le geste peu fréquent, quelque chose d’impérieux dans toute sa personne et qui se faisait obéir, l’air pensif, sérieux plutôt que souffrant. Il avait pourtant bien souffert.                                                                                                                                                                                                          

Dans le dépôt où Claude Gueux était enfermé, il y avait un directeur des ateliers, espèce de fonctionnaire propre aux prisons, qui tient tout ensemble du guichetier et du marchand, qui fait en même temps une commande à l’ouvrier et une menace au prisonnier, qui vous met l’outil aux mains et les fers aux pieds. Celui-là était lui-même une variété de l’espèce, un homme bref, tyrannique, obéissant à ses idées, toujours à courte bride sur son autorité ; d’ailleurs, dans l’occasion, bon compagnon, bon prince, jovial même et raillant avec grâce ; dur plutôt que ferme ; ne raisonnant avec personne, pas même avec lui ; bon père, bon mari sans doute, ce qui est devoir et non vertu ; en un mot, pas méchant, mauvais. C’était un de ces hommes qui n’ont rien de vibrant ni d’élastique, qui sont composés de molécules inertes, qui ne résonnent au choc d’aucune idée, au contact d’aucun sentiment, qui ont des colères glacées, des haines mornes, des emportements sans émotion, qui prennent feu sans s’échauffer, dont la capacité de calorique est nulle, et qu’on dirait souvent faits de bois ; ils flambent par un bout et sont froids par l’autre. La ligne principale, la ligne diagonale du caractère de cet homme, c’était la ténacité. Il était fier d’être tenace, et se comparait à Napoléon. Ceci n’est qu’une illusion d’optique. Il y a nombre de gens qui en sont dupes et qui, à certaine distance, prennent la ténacité pour de la volonté, et une chandelle pour une étoile.

                                                                                                                                                                       

Extrait de Claude Gueux de Victor Hugo

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Publié dans : ||le 12 décembre, 2012 |Pas de Commentaires »

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